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Votre parcours : Issy.comLa villeHistoire et patrimoineHistoire de la ville

Histoire de la ville

Date de publication : 06-11-2018   |   Dernière mise à jour : 06-11-2018   |     |  

Toute l'histoire de la ville depuis le XIXe siècle.

Le Fort d’Issy et les combats de 1870-1871

 

L’histoire du Fort d’Issy commence au 19e siècle. Erigé en 1842, c’était alors l’un des 19 forts militaires destinés à défendre Paris contre les agressions extérieures. Sa transformation en un quartier de vie moderne, privilegiant le dévéloppement durable et l’usage du numérique ne doit pourtant pas faire oublier le rôle important que cet édifice militaire a joué dans l’Histoire d’Issy-les-Moulineaux, notamment lors de la guerre franco-prussienne de 1870 et des combats de la Commune du printemps 1871.

 

Au cours des années 1870- 71, Paris doit supporter deux sièges successifs : le premier par les Prussiens – dans le cadre de la Guerre contre la Prusse (septembre 1870 – janvier 1871), le second par l’Armée régulière de Versailles – dans le cadre de la Commune insurrectionnelle de Paris (mars – mai 1871).

 

Dans les deux cas, la clé pour entrer dans la capitale est le Fort d’Issy, qui couvre la partie la plus faible de l’enceinte, au Point du Jour. Aussi dans les deux cas, les défenseurs parisiens viennent à Issy et éventuellement (notamment pendant la Commune) ils l’occupent en partie.

 

Par ailleurs, pour les assiégeants, une des voies d’accès au Fort les plus faciles passe par Les Moulineaux, puis par le coteau à travers le parc du château (dont l’actuel Parc municipal Henri Barbusse est un des vestiges). Ces lieux deviennent donc le théâtre de différents combats.

 

Enfin, si en janvier 1871 le Fort résiste aux Prussiens, lors du second siège en revanche, il est pris par les troupes versaillaises (8 mai 1871) qui ensuite doivent reconquérir tout le bourg jusqu’à Paris, au cours de batailles de rue particulièrement dévastatrices (près de la moitié des maisons isséennes et tous les édifices publics sont alors touchés).

 

Aujourd’hui, de nombreux endroits témoignent des événements sanglants de 1870-1871 à Issy.

 

L’histoire du Fort en numérique

Retrouvez les lieux emblématiques de l’histoire du Fort avec l’appli mobile Story Trip, mais aussi les codes QR dispersés sur le site (carte ci-dessous). Au Temps des Cerises, retrouvez le « Mur de la mémoire », une synthèse des événements avec un dispositif vidéo pour une découverte interactive.

 

 

Où sont les codes QR? Sur quels panneaux?

 

Afficher la carte en plein écran.

 

 

1900-1918

 

Le XIXe siècle a été pour Issy une époque de bouleversements profonds pourtant, autour de 1900, la croissance reprend avec plus de vigueur encore.

Au début du siècle, des catastrophes survenues dans de grandes usines isséennes telles Gévelot et Ripolin font la une des journaux. Puis, du 23 janvier au 2 février 1910, comme toutes les communes des environs, la ville subit les effets d’une crue de la Seine particulièrement dévastatrice.

 

Issy, berceau de l’aviation

Cependant, les « feux de l’actualité » de l’époque sont les débuts de l’aviation. Issy-les-Moulineaux devient « le berceau de l’aviation ».  Pendant quelques années les exploits des pionniers attirent un nombre toujours plus grand de visiteurs sur l’ancien champ de manœuvres militaires (actuel héliport), dont Louis Blériot qui a entrepris des recherches en aéronautique afin d’améliorer sa formule du monoplan.

 

Les frères Charles et Gabriel Voisin s’installent en 1907 en bordure du champs de manœuvres militaires afin d’effectuer facilement leurs essais. Après le décès accidentel d’Edouard Nieuport, pilote chevronné installé à Suresnes, Henri Deutsch de la Meurthe décide le transfert de l’entreprise à proximité des établissements Voisin à Issy. Les frères Caudron créent une école de pilotage et s’installent dans un atelier à l’intersection des rues Rouget de Lisle et Camille Desmoulins.

 

Qualifié par tous les historiens de « Berceau de l’aviation mondiale » le terrain d’Issy-les-Moulineaux voit son histoire débuter fortuitement pendant l’année 1905 alors qu’il se trouve remarqué par quelques fanatiques de l’aviation naissante.

 

Usant de ses relations, Ernest Archdeacon, mécène passionné, obtient l’autorisation d’utiliser ce terrain sous certaines conditions qui revêtent très rapidement un caractère dissuasif pour nos pionniers. Parmi les contraintes imposées par l’autorité militaire, maîtresse du lieu, figure l’obligation de mener les essais de 4 à 6 heures du matin.

Toutefois, la phase de l’aviation inaugurée à Issy-les-Moulineaux semble la plus pure de toute l’histoire de cette science : intuition et expérimentation vont de paire avec imagination créatrice. Il est intéressant de constater par exemple que Farman, Voisin, Delagrange ont tous trois étudiés aux Beaux-Arts. Ces pionniers sont en même temps les inventeurs, les ingénieurs et les pilotes d’essai des machines qu’ils mettent sur pied.

Au fil du temps et des courses aériennes organisées, le nouveau terrain d’aviation attire les foules de curieux. Celles-ci envahissent le terrain ou se hissent sur les toits pour profiter du spectacle.

De simples hangars, puis de véritables ateliers - qui deviendront les entreprises Voisin, Caudron… - s’installent autour du champ d’aviation, faisant de ce quartier le quartier de l’aviation, dont aujourd’hui les noms de rues évoquent encore le passé glorieux.

 

Henry Farman, passionné de vitesse et de mécanique, se démarque alors. L’homme, né à Paris en 1874, est présenté par le capitaine Ferber, au début du siècle, aux frères Voisin, deux mécaniciens lyonnais qui bricolent dans un atelier situé rue de la Ferme à Billancourt. Après des essais en planeurs, assez décevants, il obtient, grâce à l'intervention du préfet Lépine, l'autorisation d'effectuer des tentatives d'envol à partir du terrain d'Issy-les-Moulineaux.

Août 1907, il lui faut apprendre à piloter au plus vite car il a l'intention d'établir le premier record du monde en circuit fermé. Deux grands mécènes, Ernest Archdéacon et Henry Deutsch de la Meurthe, organisent depuis 1904 cette compétition, offrant 50 000 francs or au premier qui y parvient. Les essais sur le terrain ne sont pas de tout repos… Le 30 septembre 1907, après avoir roulé plusieurs heures, exaspéré, il lâche le manche à balai, geste irraisonné et vain. Or, l'avion libéré de la contrainte où il était maintenu, roule en toute liberté et décolle de quelques centimètres… C'est le premier bond, le premier vol. Henry Farman trace quatre repères sur la planche de bord et recommence l'expérience le 23 octobre en présence de Gabriel Voisin. Il vole alors à 1,50 mètres du sol et à 50 Km/heure. Au bout de deux mois, il réussit à traverser les 700 mètres de terrain sans grande  difficulté.

Henry Farman continua sur sa lancée et réalisa d'autres prouesses telles que le premier vol avec passager le 28 mars 1908, (il sera le passager), le premier vol de ville à ville (Bouy à Reims, 27 km en 20 Minutes) ainsi que plusieurs records de vitesse et d'altitude. En 1911, il ouvre la première école de pilotage sans visibilité à Toussus-le-Noble. En 1919, il ouvre l'une des premières compagnies aériennes ouvertes au public en France.

 

La Grande Guerre

Bientôt, toutefois, celui-ci perd de son importance au profit d’autres terrains, plus faciles d’accès. Dès avant la Première Guerre mondiale, la grande aventure est terminée !

Avec la guerre l’activité des ateliers de construction aéronautique se développe. Force est de constater que d’une manière générale, les années de guerre correspondent à un accroissement durable du potentiel industriel de la commune (comme dans le reste de l’agglomération parisienne). Parallèlement, en écho aux combats qui se déroulent sur le Front, des hôpitaux militaires s’organisent dans les grands établissements d’éducation (Ecole Saint-Nicolas, Séminaire de Saint-Sulpice).

Même si elle fut frappée par un raid aérien de l’aviation allemande en 1918 durant lequel un obus toucha l’avenue Corentin Celton, Issy-les-Moulineaux participa surtout à l’effort de guerre en tant que ville de l’arrière. Elle abritait alors cinq hôpitaux militaires, dont l’un des plus importants était l’actuel Hôpital Corentin Celton, longtemps appelé Hospice des Petits Ménages. Fondés à Paris en 1557 puis installés à Issy en 1863, les bâtiments construits par l'architecte Marcellin Véra présentaient une architecture monumentale pouvant accueillir près de 1 300 personnes.

Pendant la guerre, l'hospice fut transformé en important hôpital militaire pour soigner les blessés. L’effort de guerre a également eu un impact sur la population isséenne de l’époque : 860 personnes au moins auraient perdu la vie durant le conflit, selon le comité du Souvenir français, association dédiée à l’entretien des tombes et au devoir de mémoire qui a étudié le Monument aux morts de la place Bonaventure Leca.

 

1918 – 1945

 

De 1921 à 1936, la population communale double : de 26 587 à 44 091 habitants, un gain considérable.

Le recensement de 1921 est par ailleurs le premier à signaler des ressortissants arméniens ; ils seront bientôt suivis par de nombreux autres.

 

Dans le même temps, Issy-les-Moulineaux subit différents empiétements de la part de son « envahissante » voisine : Paris. La superficie de la commune se trouve réduite à 425 ha. L’impératif est alors de construire au plus vite et… au meilleur prix. Ainsi naît un nouveau paysage urbain où la brique est reine.

Des bâtiments d’habitation, mais aussi toute une série d’équipements collectifs ou sociaux sont élevés, agrandis. Les municipalités n’en rencontrent pas moins des difficultés considérables pour rendre la cité viable. Dans ce contexte l’édification, en 1932, d’une Salle des Fêtes, devenue théâtre, prend un relief particulier : c’est à la fois un élément de prestige et un symbole de l’image que la ville entend donner d’elle-même.

Les municipalités ont une étiquette politique marquée : Parti d’Unité Prolétarienne, Parti Communiste. Mais les conflits se situent ailleurs, notamment avec l'État : Justin Oudin, Maire presque sans discontinuité de 1919 à 1935, est par exemple révoqué par le Conseil de Préfecture en 1923, avant de retrouver son poste quelques mois plus tard.

 

1945-1980

 

Après 1945, il faut reconstruire et produire : l’activité économique trouve un nouveau souffle. Mais cette prospérité n’a qu’un temps.

Les entreprises isséennes résistent mal aux profondes mutations qui touchent tous les pays industrialisés à partir des années 1960.

Certains établissements quittent Issy-les-Moulineaux, d’autres ferment définitivement. La ville, déjà fortement urbanisée, possède peu de terrains vacants et échappe ainsi à la prolifération des grands ensembles.

Les principales opérations immobilières sont réalisées dans le centre-ville et restent relativement modestes pour l’époque. Sur le plateau, depuis la levée des servitudes militaires autour du Fort, les pavillons se sont multipliés.

En 1961, le quartier autour de la rue Antoine Courbarien est détruit par suite de l’effondrement des carrières. Il est remplacé dans les années 1970 par les tours de la Z.A.C. (Zone d’Aménagement Concerté) Rodin qui marquent le paysage de leurs hautes silhouettes.

La crise économique des années 1970 ne fait qu’accentuer le phénomène de désindustrialisation. Dans le même temps, la population diminue et « tombe » à 47 561 habitants en 1975. Symboliquement, « l’usine Gévelot », la plus ancienne de la ville, est mise en règlement judiciaire en 1980 et finit par disparaître en 1992. La vocation industrielle de la ville est remise en cause, une ère nouvelle commence.

 

1980 à nos jours

 

La Ville a aujourd’hui réussi son pari : devenir l’une des villes les plus économiquement et démographiquement dynamiques des Hauts-de-Seine.

Des entreprises du secteur tertiaire sont venues remplacer les sociétés industrielles et polluantes d’antan.

 

Riche de plus de 720 commerces/artisans et de 800 entreprises actives dont plus de 50% dans les secteurs de la communication et des technologies de ’information, la Ville a su créer un cadre économique performant. Depuis le milieu des années 90, Issy s'est engagée sur la voie des technologies de l'information et de la communication et est devenue une référence reconnue, en France et à l'étranger, dans ce domaine.

Issy-les-Moulineaux a changé de visage en quelques années grâce à une politique urbaine volontariste et équilibrée qui a permis la construction de logement et une reconquête des espaces publics. Entre 1995 et 1999, la surface des espaces verts est passée de 42 hectares à 52,5 aujourd’hui (soit 13% du territoire de la commune contre 9% en moyenne pour les villes franciliennes). Les résultats du recensement montrent qu’Issy dépasse actuellement le niveau de population qui était le sien en 1962 (51.898 habitants à l’époque). De 1990 à 1999, la Ville a gagné 6958 habitants, passant de 46.194 à 53.152. La Ville a su s’adapter à ce contexte de fin de siècle et sera perdurer dans cette voie dans le prochain millénaire…

 

Issy au XXIe siècle

Depuis plus de 30 ans, la Ville d'Issy offre un visage en pleine mutation, en réhabilitant des quartiers entiers. Ainsi, plus de 40 % de la superficie de la ville, à l'état de friches industrielles ou simplement inaccessible, a donné lieu à l'aménagement de nouveaux quartiers, pour lesquels le respect de l'environnement et l'accès aux nouvelles technologies sont les maîtres-mots :
- une ville respectueuse de son environnement: le développement de la ville passe par une volonté forte d'inscrire ses aménagements dans un schéma de durabilité. Ainsi, la ville a signé en 2009, avec l'ensemble des promoteurs intervenant sur son territoire, la Charte Isséo, imposant des normes de construction de qualité environnementale très performantes. Mais l'action de la ville ne s'arrête pas là : par son choix de développer les énergies naturelles (panneaux photovoltaïques sur les équipements municipaux, toitures végétalisées, géothermie dans l'enceinte du Fort, récupération des eaux pluviales pour l'arrosage des espaces verts…), la ville se place dans une véritable perspective d'avenir.
- une ville métropole de la communication: souvent précurseur et reconnue comme telle par la communauté internationale et les médias, la ville anticipe et accompagne l'évolution des nouvelles technologies, afin d'offrir à ses habitants les dernières innovations, synonymes de services (Pay by Phone, IssySpots…)

Aujourd'hui, notre ville ne cesse d'attirer de nouveaux habitants (64 069 habitants au 1er janvier 2011) en recherche de qualité de vie et de services, et des entreprises séduites par son dynamisme, sa situation géographique proche de Paris et l'offre de transports en commun (ligne 12 du métro, RER C, lignes de bus, et un tramway de dernière génération permettant de relier la Porte de Versailles à la Défense en moins de 30 minutes). Grâce à ses atouts, la ville peut s'enorgueillir d'avoir attiré sur son territoire les sièges d'entreprises prestigieuses, telles que Microsoft, Bouygues Telecom, Sodexo, Coca-Cola, Hewlett Packard, Bull, Canal+…
Enfin, la création en janvier 2010 de Grand Paris Seine Ouest, notre communauté d'agglomération regroupant les communes de Boulogne-Billancourt, Issy-les-Moulineaux, Meudon, Vanves, Chaville, Ville-d'Avray et Sèvres, offre de nouveaux horizons dont la ville est bénéficiaire grâce à la synergie des infrastructures et la mutualisation des moyens. Ainsi, l'avenir d'Issy-les-Moulineaux se dessine dans une logique de développement qui sait tenir sa promesse de « ville innovante où il fait bon vivre ».

 

Zoom : Présence arménienne à Issy-les-Moulineaux par Martine Hovanessian

L’histoire contemporaine des Arméniens est marquée par la formation de la diaspora du XXe siècle succédant au génocide de 1915.

La diaspora du XXe siècle est formée par les Arméniens de Turquie rescapés du génocide de 1915, en majorité des paysans anatoliens demeurés sur les terres ancestrales. Consécutive aux déportations massives, elle se caractérise par l'abandon sur la scène internationale de la question arménienne (1917-1923). Après la signature du Traité de Lausanne (1923), l'aide aux Arméniens devient exclusivement humanitaire. Désormais, cette minorité se transforme en une communauté apatride c'est-à-dire formée d'hommes privés de citoyenneté, et donc du droit de retour dans leur société d'origine. Nous ne devons pas oublier également l’existence du Vorpachkhar, "le monde des orphelins" qui désigne un archipel d'enfants privés de mémoire.

 

Cette communauté de réfugiés, démunie de tout statut juridique, connaît alors des périples migratoires. La narration de l'exode s'organise comme une longue marche ponctuée d'étapes.

 

Aujourd'hui, on estime à 6-7 millions le nombre des Arméniens dans le monde. Pour ce qui concerne la diaspora occidentale, les communautés les plus importantes sont celles des États-Unis, dont la majorité est installée au Massachusetts (Boston) et en Californie (Los Angeles, Fresno et San Francisco) et celle des pays de l'Europe communautaire (dont 350 000 en France). Il faut préciser le caractère approximatif de ce chiffre dans la mesure où la majorité a acquis la citoyenneté des « pays d'accueil », rendant le comptage difficile, ainsi qu'en raison de migrations permanentes et d'une géographie changeante de la diaspora qui tend de plus en plus à s'occidentaliser.

 

En France : les étapes de l'exil et la rencontre avec l'ancienne diaspora

La Société des Nations créa un Haut Commissariat (1923) pour régler le statut juridique de ces réfu­giés dont les passeports portent la mention "sans retour possible". Dès 1924, sous l'impulsion du norvégien Fridtjof Nansen, la grande majorité reçoit le célèbre "certificat Nansen" leur assurant tout de même un minimum de protection.

 

La majorité des réfugiés arrive par bateaux entiers à Marseille. Les témoignages relatifs à cette époque nous restituent un univers instable d'embauches brèves et précaires. De nombreux intermédiaires délivrent des contrats de travail, aidés par le Bureau International du Travail (B.I.T.) et le Haut Commissariat pour les Réfu­giés afin d'alimenter les industries françaises alors en quête d’une main d’œuvre. Connaissant l'habileté des Arméniens dans l'élevage du ver à soie, le tissage et le travail du cuir, certains commissionnaires iront recruter des Arméniens dans les foyers d'asile, notamment en territoire hellène pour alimenter les usines de soie artificielle de l'Ardèche, du Rhône, de la Drome, de la Loire, et les industries du cuir de Romans et de Vienne. Si beaucoup se fixent à Marseille après avoir trouvé de l'embauche dans les mines de charbon de Gardanne ou les savonneries, d'autres remontent la vallée du Rhône vers les filatures et industries d'Ardèche (Joyeuses, Pouzin) et d'Isère.

 

L'axe Marseille-Paris demeure le couloir migratoire le plus emprunté. Mais on assiste également à la mise en place d'un système organisateur des mobilités géographiques et résidentielles fondé sur le regroupement régional et le désir de rejoindre un parent, un ami du même village d'origine.

 

La plupart des Arméniens ont été naturalisés aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Ils ne formulent plus le souhait du retour au pays d'origine, exception faite du rapatriement de 7 000 personnes parties de France vers l'Arménie soviétique entre 1946 et 1947. Ce mouvement de retour ou Nerkaght reste un événement majeur de l'histoire contemporaine des Arméniens.

 

Enfin, les vagues migratoires des communautés d'Orient vers la France joueront un rôle essentiel dans la modification du paysage communautaire surtout depuis 1975, et contribueront à la diversification des pratiques ethnoculturelles. Désormais, on peut parler d'une communauté hétérogène, tant sur le plan culturel que social. La répartition spatiale des Arméniens en France demeure fidèle aux itinéraires du regroupement des années 1930 : entre Paris et la région parisienne, le long du sillon rhodanien (Valence, Romans, Saint Etienne, Vienne, Décines, Lyon) et dans les Bouches-du-Rhône (Marseille).

 

L’espace urbain et industriel isséen s’est avéré très favorable à l’implantation d’une forte colonie arménienne. Vers 1923, de nombreux réfugiés trouvent un emploi à la Cartoucherie Gévelot, les Peintures Lefranc, la Blanchisserie de Grenelle, etc. Issy-les-Moulineaux constitue de nos jours un pôle identitaire très important, tant d’un point de vue démographique que des structures d'organisation.

 

Le lien communautaire. L'invention de territoires

À Issy-les-Moulineaux, les modes de regroupement permettent de saisir les espoirs investis dans les nouvelles terres-refuges. Dans un premier temps, il s'agit pour les réfugiés, de poser en un lieu les fondations d'une existence non provisoire. L'aspiration à l'enracinement apparaît dans l'acquisition des terrains à bâtir. « Construire sa maison » devient l'objectif quasi-obsessionnel des familles. Celles-ci délaisseront très rapidement les zones marginalisées de la commune (île Saint-Germain) et les baraquements insalubres pour investir les hauteurs de la ville (La « Rue de la Dé » demeure un lieu-symbole de la présence arménienne sur la ville). Dans les débuts de l’exil, les pratiques d'appropriation de l'espace favorisent la reproduction de conduites communautaires inspirées des modèles familiaux, villageois, religieux et politiques propres au "pays d'origine".

 

Ainsi, les réseaux villageois fondés sur une même filiation régionale, constituent en 1925 de véritables réseaux de solidarité. Les originaires d’un même village développent des pratiques d'entraide au sein des quartiers : prêts sans intérêts entre les familles pour l'achat d'un terrain et la construction de petits pavillons en dur, prise en charge commune des enfants, mariages arrangés entre les familles. La notion de village arménien des années 1930 exprime une solidarité des quartiers formés dans la proximité des lieux d'habitations des familles, favorisant un univers du contrôle social et l'expression de pratiques codifiées selon les règles d'une société patriarcale.

 

Le légendaire national

L'aménagement concret de lieux de sociabilité permettra l'expression d'un imaginaire de la continuité et d'une "conscience d'appartenance" célébrant les événements fondateurs d'une histoire nationale.

 

À Issy-les-Moulineaux, la construction des églises confère au groupe une autonomie religieuse et contribue au marquage d'une différence culturelle. Cette officialisation de la présence arménienne a donné lieu à l'édification de Monuments aux Morts érigés par les associations arméniennes en souvenir des victimes de 1915, à des jumelages avec la ville sainte d’Etchmiadzine qui inaugurent de nouveaux échanges franco-arméniens, à toutes sortes de marqueurs identitaires (à l’exemple de la rue d’Erevan, de commerces et d’activités socio-professionnelles spécifiques). L'église apostolique arménienne devient un pôle d'attraction des mobilités quotidiennes (L'église et la "vie autour de l'Église", diront certains représentants communautaires). Les représentations collectives insistent sur le rôle fédérateur de l'institution religieuse dans la dispersion.

 

Dès les années 1920, les Unions nationales, corps mixtes de laïcs et de clercs ont appuyé l'Église et ont mis en place toutes les activités annexes. L'Église s'est constituée comme "un lieu de mémoire vraie", organisant chaque année le rituel du 24 avril, à l’occasion de la commémoration du génocide de 1915. Ces marches ou défilés intégrés dans les "temps communautaires" de rencontre, attestent d'une volonté de rendre visibles les fondements de la dispersion en déployant un récit national. Ce récit se déroule lors des offices et des grandes cérémonies religieuses, où la tradition liturgique des églises orientales, riche en symboles, vient remémorer ce lieu d'où l'on vient. Les pratiques culturelles de la communauté inculquent certaines valeurs du passé historique : rituels commémoratifs, enseignement d’une langue dite « maternelle », mythe du retour

 

L'intégration sociale

Il y a de la première à la seconde génération, une transformation et un élargissement de l'éventail professionnel. Ainsi que le souligne Émile Temime, historien des migrations, « l'idée de progrès chez les Arméniens, c'est d'abord l'indépendance donnée par la profession, par une certaine spécialisation dans le travail ».

 

Les Arméniens rejettent la condition d'ouvrier dans l'univers industriel, par désir de renouer avec des codes de vie inscrits dans leurs logiques socioculturelles (le travail "indépendant", l'élan créateur du petit artisan) ; disposition essentielle pour "retrouver une dignité perdue". La deuxième génération née en France dans l'entre-deux-guerres, accélère le processus d'intégration et s'invente de nouvelles perspectives d'avenir en louant les vertus de l'ascension sociale et de la trajectoire socioprofessionnelle. L'intégration sociale et économique des Arméniens en France s'est accomplie de manière relativement rapide, avec une percée importante des professions libérales et l'accès aux métiers de l'enseignement, de la recherche, du spectacle et du sport. On remarque un dynamisme important et une inventivité étonnante pour l'esprit d'entreprise et la création artistique.

 

La structuration de la vie communautaire

La réalité communautaire se caractérise par l'existence d'espaces sociaux réactualisant un "droit à la mémoire". On assiste très tôt en diaspora à une sorte d'amplification du sentiment natio­nal (Hayabahbanoum) assumé à l'intérieur du champ de la collectivité par d'innombrables associations satellites des partis politiques. Les représentants affirmeront à cet égard qu'elles sont les relais indispensables pour la conservation de son arménité. Citons en ce sens, la JAF (Jeunesse arménienne de France) qui naît et connaît un vif succès dans le contexte français d'après-guerre et qui soutient l'Arménie soviétique, le mouvement de jeunesse Nor Seround (nouvelle génération) d'obédience Dachnak qui a formé des générations de militants pour "une Arménie libre, indépendante et réunifiée".

 

À Issy-les-Moulineaux, le tissu associatif demeure très dense : associations philanthropiques cultuelles, culturelles, sportives, compatriotiques, unions professionnelles, associations de femmes, d'anciens combattants, de scouts etc.

 

Enfin, depuis l’indépendance de l’Arménie en 1991, on assiste chez les communautés nées de l’exil à des participations actives pour l’aide à la reconstruction du pays.

 

Martine Hovanessian est anthropologue et chercheur au CNRS, auteur du Lien communautaire - Trois générations d'Arméniens (Paris, Armand Colin, 1992. réédition prévue aux Éditions l’Harmattan, pour février-mars 2007), et de Les Arméniens et leurs territoires (Autrement, 1995). Elle a résidé pendant de nombreuses années à Issy-les-Moulineaux.

 

Zoom sur les maires d’Issy-les-Moulineaux depuis 1790

Vous connaissez la rue Minard et la rue Charlot? L'école Justin Oudin, l'avenue Victor Cresson, la place Jacques Madaule, le square Bonaventure Leca et le mail Raymond Menand? Tous ont été maires d'Issy.

 

Des livres pour mieux comprendre l’histoire d’Issy

Pierre Dettelonde, Issy-les-Moulineaux (Cherche-Midi), 2017

Un ouvrage de l'écrivain Pierre Dottelonde sur Issy-les-Moulineaux, présenté par séquences qui donnent chacune un coup de projecteur original sur notre ville.

Commander en ligne 

 

Daniel Rabatel, Issy-les-Moulineaux (Sutton), 2009

Daniel Rabatel, dont la famille est isséenne de longue date, invite les lecteurs à un voyage dans le temps et en images en revisitant le Issy-les-Moulineaux du début du XXe siècle.

 

Plus d’informations sur l’histoire de la ville :

  • Espace Aviation de la Galerie d’Histoire de la Ville au Musée Français de la Carte à Jouer - Plus d’infos sur le site du musée
  • Parcours urbain « Histoire de l’aviation à Issy-les-Moulineaux », réalisé par l’association Historim en liaison avec le Musée Français de la Carte à Jouer et avec le soutien des Conseils de Quartier 
  • Historim : Histoire et Recherche d'Issy-les-Moulineaux réunit des amateurs et passionnés d'histoire, tant locale que nationale. Le but : participer aux recherches sur l'histoire de la ville et à toutes les actions destinées à la sauvegarde de son patrimoine - Plus d’infos sur le site d’Historim

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