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Interview : Franco Malerba, la tête dans les étoiles

Date de publication : 28-08-2018   |   Dernière mise à jour : 28-08-2018   |     |  

L’Isséen, ancien homme politique italien, a participé en 1992 à une mission spatiale en tant qu’astronaute scientifique. Plus de 25 ans après, il revient sur cette expérience hors du commun.

Comment êtes-vous devenu astronaute ?
Franco Malerba : J’ai répondu en 1977 à une annonce de concours de l’Agence spatiale Européenne (ASE) qui recrutait les 1ers astronautes scientifiques pour participer aux missions du Spacelab, le laboratoire embarqué dans la navette américaine et développé par l’industrie européenne. L’ASE mettait l’accent
sur les qualifications scientifiques des candidats et j’étais un jeune chercheur assez bien qualifié en Italie et aux États-Unis. J’ai réussi à me qualifier dans la sélection ASE parmi les premiers quatre finalistes mais ce fut le candidat Allemand M. Merbold qui gagna le premier billet pour le vol. J’ai eu ma chance de vol bien des années plus tard, en 1992, en tant qu’astronaute scientifique dans l’équipage de la mission STS-46 de la navette Atlantis; la charge utile dont j’étais responsable, le satellite captif (Tethered Satellite) était le fruit d’une coopération scientifique et industrielle entre l’Italie et les États-Unis.

 

Combien de temps avez-vous passé dans l’espace ?
F. M. : Ma mission STS-46 était un « classique » du Space Shuttle ; nous avons passé 8 jours en orbite, une durée assez courte par rapport aux missions actuelles dans la Station Spatiale Internationale, mais en 1992 la navette était elle-même notre station de travail. Nous travaillions en deux tours pour exploiter au
maximum tout le temps disponible.

 

En quoi consistaient vos missions lors du voyage spatial de 1992 ?
F. M. : Il y avait deux tâches principales, la mise en orbite de la plateforme EURECA de l’ASE et la 1re expérimentation du satellite scientifique Tethered. Il devait être lancé de la soute de la navette lié à la navette même par un câble conducteur long de 20 kilomètres. Ce câble, en mouvement à la vitesse orbitale, interagissant avec le champ magnétique terrestre, comme une dynamo devait produire un voltage très élevé entre le satellite et la navette. Avec des canons à électrons nous pouvions produire de l’énergie électrique. C’était une mission assez complexe et pleine d’incertitudes.

 

Comment vous êtes-vous préparé à ce voyage ?
F. M. : L’entraînement d’un astronaute scientifique – le spécialiste de la charge utile – a deux volets. Il doit connaître les systèmes de la navette, être en mesure de faire face aux urgences éventuelles, mais surtout il doit être le bras et l’esprit à bord des chercheurs qui ont proposé les thèmes d’investigation et réalisé les instruments de mesure embarqués, qui sont enfin le but de la mission. Par conséquent, j’ai passé beaucoup de temps à étudier les opérations du satellite captif, les opportunités et les situations difficiles ou imprévues qui auraient pu se présenter pendant la mission en orbite. J’ai suivi les cours de base
de tous les astronautes NASA à Houston, mais pas les entraînements plus poussés, préparant par exemple aux sorties extravéhiculaires.

 

Pouvez-vous nous décrire la vie dans l’espace ?
F. M. : Elle est assez extraordinaire. Nous sommes en apesanteur et flottons dans notre véhicule comme des poissons… ou comme des anges ! Des fenêtres, nous voyons la Terre comme une grande sphère multicolore, le bleu est dominant parce que les océans couvrent une importante partie de la surface terrestre. Nous apercevons les montagnes avec leurs glaciers, les grands fleuves et les déserts ; la nuit, nous voyons parfaitement les lumières des villes. Les côtes, d’habitude très habitées, éclairent bien le pourtour des continents. Notre véhicule fait un tour de la Terre en 90 minutes, le jour et la nuit ne durent que 45 minutes et le spectacle de la vue de la Terre se renouvelle sans cesse. Durant ma mission avec la navette Atlantis, j’ai failli rencontrer dans l’espace Michel Tognini, mon ami astronaute français d’origine italienne ; il était à bord de la station russe Salyut a peu près dans les mêmes jours, en août 92.

 

Quels sont vos liens avec la ville d’Issy ?
F. M. : Mon épouse Marie Aude est française, mon beau-père, ancien diplomate français, habitait avec ma belle-mère dans la vallée de la Loire où il était maire-adjoint. Moi-même, j’ai travaillé à Sophia Antipolis près de Nice pendent les années 80 et à Paris, après ma mission spatiale et mon mandat parlementaire, en tant qu’attaché scientifique de la Délégation Italienne auprès des organisations internationales basées à Paris. J’ai donc des liens plutôt forts avec la France, un pays que j’aime beaucoup. Quand j’ai cherché à m’installer de façon permanente dans la région parisienne, nous avons trouvé à Issy-les-Moulineaux un cadre très agréable juste à côté du beau parc de l’île Saint-Germain. Nous avons assisté heureux à la fin du TIRU et à la récupération des berges de la Seine, un projet magnifique.

 

Pourquoi avez-vous choisi de vous lancer dans la politique ?
F. M. : À vrai dire, ce n’est pas moi qui me suis proposé à la politique, mais c’est la politique qui s’est intéressée à moi. En 1994, lors des élections européennes, on m’a proposé la candidature. J’étais un « héros national » après l’exploit spatial, grâce à la visibilité médiatique que cette aventure m’avait apportée. Après beaucoup de réflexions, avec l’encouragement de mon beau père, j’ai accepté et j’ai été élu. Le mécanisme électoral italien pour le Parlement Européen est proportionnel avec vote de préférence, ce qui signifie que chaque électeur doit écrire sur le bulletin le nom du candidat préféré. Je fus élu et je m’engageai très sérieusement dans le Parti Populaire Européen (PPE) à cette nouvelle responsabilité. Pendant les années de mon mandat, de 1994 à 1999, l’Union européenne commençait à réfléchir sur une politique spatiale Européenne et je fus, entre autre, le rapporteur des 1res orientations pour la réalisation du système de navigation satellitaire européen, Galileo, qui est maintenant une infrastructure stratégique de l’Europe, après beaucoup de temps, d’investissement et d’efforts.

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